Le train ne partira pas avant une heure et demie. La salle d'attente sent le café tiède et le carrelage humide. Sur un banc, un homme dort, les pieds sur sa valise. Le tableau des départs grésille parfois, puis se ravise sans rien changer. Dehors, sur le quai, le vent passe entre les piliers de fonte.
Il y a deux façons d'attendre un train. On peut s'agiter, vérifier dix fois l'heure, faire les cent pas, se prendre un autre café qu'on ne boira pas. On peut aussi accepter l'attente, s'asseoir, et la laisser prendre la place qu'elle réclame. Cette deuxième manière demande un peu d'entraînement. Elle finit, à la longue, par devenir confortable.
L'attente en gare a ceci de particulier qu'elle ne mène nulle part — et qu'elle mène pourtant à quelque chose. On y est suspendu entre deux lieux, dans un sas où aucune obligation ne tient. Pendant cette heure et demie, on n'est nulle part attendu, nulle part en retard. On peut, sans culpabilité, ne rien faire de précis.
Quand enfin le train est annoncé, on prend son sac sans hâte. On se dirige vers le quai. On laisse, derrière soi, cette heure et demie qu'aucune autre journée ne reproduira. Une fois assis dans le wagon, on s'aperçoit qu'elle nous aura, étrangement, reposé.