Colonne
XLII.

Le silence du matin

Avril 2026

Six heures et demie, l'eau du thé chauffe sur le réchaud, et c'est le seul bruit. On entend le sifflement du gaz, le tic d'une horloge dans la pièce voisine, le frigo qui se relance. Aucune voix encore, dans la maison ni dans la rue. La fenêtre, ouverte d'un doigt, laisse entrer un air plus net.

Le silence du matin n'est pas l'absence de sons. C'est un certain équilibre des sons résiduels, qu'aucune voix n'est encore venue couvrir. On entend mieux le bois qui craque, l'eau qui bout, le linge qu'on plie. Ces bruits modestes, à toute autre heure noyés, prennent ici une importance qu'on ne leur soupçonnait pas.


On verse le thé, on s'assied à la table de la cuisine. On ne lit pas tout de suite. On regarde simplement la tasse, la buée qui monte, la fenêtre par laquelle on commence à deviner les façades. Personne ne réclame quoi que ce soit. Il y a là, dans ces quinze minutes, un usage du jour qui restera, sans qu'on s'en aperçoive, l'un des meilleurs.

Plus tard, lorsque la rue s'éveillera tout à fait, ce silence reculera. On l'aura perdu pour la journée. Mais on saura, mieux que la veille, qu'il existe, et qu'il reviendra demain matin si l'on est là pour le recevoir.