On lève les yeux vers l'érable du jardin et l'on s'aperçoit qu'une branche, sur le côté, a viré au jaune. Pas tout l'arbre — une branche, à peine. Hier, on jurerait qu'elle était verte. La chose est passée pendant qu'on regardait ailleurs.
Le passage du vert au jaune ne se fait pas d'un trait. C'est une décision diffuse, prise par chaque feuille à un moment qu'elle est seule à connaître. Les premières tournent en silence, sans qu'on les remarque. Puis une branche entière. Puis un côté de l'arbre. Et un matin, l'arbre, dans son ensemble, a changé.
Il existe, pour les amateurs d'arbres, un jour précis où ce basculement devient irréversible. On peut, ce jour-là, s'asseoir sur le banc du jardin et regarder. On ne verra pas grand-chose, à dire vrai : une feuille qui chute, parfois, et qu'on n'a pas vue lâcher. Une autre qui tournoie. Mais on saura, à les regarder, qu'on aura assisté.
Demain, ou après-demain, le vent emportera la moitié de ces feuilles. On les ramassera, mêlées d'humidité, sur le pas de la porte. L'érable, peu à peu, montrera l'ossature de ses branches qu'on n'avait pas vue depuis avril.