Colonne
CLXXXVI.

Les voisins qu'on a fini par aimer

Février 2031

Le couple du deuxième nous a, pendant cinq ans, profondément agacés. Le mari faisait du bricolage le dimanche matin ; la femme parlait fort dans la cage d'escalier. On les saluait avec une politesse glacée. On rentrait en serrant les dents.

Un soir d'hiver, la dame est tombée dans l'escalier. Le mari a frappé à notre porte pour qu'on appelle les secours. On a appelé ; on est descendus ; on est restés une heure dans leur salon, le temps que les pompiers arrivent et repartent. À onze heures du soir, il nous a offert un verre. Quelque chose, ce soir-là, a basculé.


L'affection pour les voisins ne s'installe pas par bonne volonté. Elle s'installe par accident. Une fuite d'eau, une absence prolongée, un colis qu'on garde. Ces petits services obligatoires créent, à force, une familiarité qu'aucun dîner officiel n'aurait su provoquer. On commence à dire bonjour autrement. À s'attarder, parfois, dans la cage d'escalier.

Cinq ans plus tard, on se rend compte qu'on s'est attaché. Le bricolage du dimanche, par habitude, ne dérange plus. La voix dans la cage, c'est celle de quelqu'un qu'on connaît. Si l'un d'eux devait déménager, la maison perdrait quelque chose qu'on n'aurait jamais cru pouvoir lui devoir.