Un papier scotché derrière la vitre, écrit à la main, en lettres soignées : après trente-deux ans, nous remercions notre clientèle. Pas de date, pas de raison, pas de signature. La vitrine, derrière, est déjà à demi vide. Deux mannequins ont perdu leurs robes. Un panneau pend, mal accroché, dans le coin droit.
On s'arrête, devant ces vitrines-là, plus longtemps qu'on ne le ferait devant une vitrine prospère. Une boutique qui ferme, c'est un quartier qui change. On se rappelle l'avoir vue chaque matin pendant des années, sans jamais y entrer. On regrette, à présent, de n'y être pas entré davantage. Ce regret est doux : il ne servira à rien.
À l'intérieur, le commerçant range. Il met les invendus dans des cartons, démonte les présentoirs, plie les chiffons. Personne n'a, dans ce travail-là, l'air pressé. Trente ans s'achèvent en quinze jours, et la fin se fait lente parce qu'on n'a plus, désormais, aucune raison d'aller vite.
Le rideau de fer descend pour la dernière fois un vendredi soir. Le commerçant ferme à clé. Il part, tourne au coin de la rue, et l'on ne sait pas ce qu'il fera, à présent, de toutes ces heures qui lui appartiennent. Un mois plus tard, sur la façade, on commencera à voir le nom d'une autre enseigne, plus brillant, plus rond, qu'aucun papier scotché ne préparera.