Colonne
XXIV.

Le mois d'août dans les villes

Septembre 2025

Le boulanger a baissé son rideau de fer, sur lequel un papier annonce un retour à la fin du mois. Le pressing, en face, a fait de même. La concierge est partie chez sa sœur en province. Dans la rue, le matin, on entend pour la première fois depuis longtemps les pas qu'on fait soi-même.

Les villes en août sont des villes desserrées. L'épaisseur du tissu humain a diminué d'un cran ; tout circule, plus lentement, dans un espace soudain trop grand. Les feux passent au vert sans qu'aucune voiture en profite. Les terrasses des cafés restées ouvertes ont l'air un peu surprises de servir.


On s'aperçoit, en restant, que la ville a une autre voix. Sans la couche habituelle des activités, on entend mieux les bruits de fond : une fontaine qu'on n'avait jamais remarquée, un volet métallique qui claque, le roulement d'un seul autobus dans une avenue normalement saturée. C'est presque une autre ville, posée dans la même.

Vers la fin du mois, tout revient. Les rideaux remontent un par un, les concierges retrouvent leur poste, les voitures retournent au point fixe des bouchons. On regrette un peu cette ville d'août qu'on aura été l'un des rares à connaître. On la garde pour soi, jusqu'à l'année prochaine.