On entre, on dit le chiffre : un. La patronne hoche la tête sans s'étonner, désigne une table près de la fenêtre. La nappe est blanche. Un seul couvert, deux verres, un panier de pain. On s'assied, on déplie la serviette. Le restaurant n'a pas tout à fait la même physionomie quand on y mange seul.
Il y a, dans le repas solitaire, une attention au plat qu'on n'a pas à table en compagnie. La conversation, qui d'habitude tient lieu de tout, est absente : il faut bien que quelque chose la remplace. C'est le pain, c'est la sauce, c'est le verre tenu un instant à la lumière. Le goût d'un plat, en solitaire, est plus précis qu'en groupe.
On regarde, autour, les autres tables. Un couple qui ne s'adresse pas la parole. Un groupe qui rit fort. Une famille avec un enfant qui s'agite. On n'envie aucune de ces tables. On est, ce soir, dans la sienne, et la sienne suffit.
On finit par un café. La patronne, en passant, demande si tout s'est bien passé. On répond oui. On paie. On sort dans la rue qui sent un peu l'orage. Il fait, à présent, presque nuit. On remonte la rue d'un pas régulier, en pensant au plat qu'on a mangé, au goût de la sauce, à la lumière de la salle. La solitude, ce soir, aura été nourrissante au sens propre.