Colonne
CLXVII.

Les vieilles tapisseries

Juillet 2030

Le papier peint de la chambre, dans la maison de mon enfance, représentait des bouquets de lilas reliés par des rubans bleus. Le motif se répétait tous les quarante centimètres environ. Au-dessus du lit, je l'avais appris par cœur. Je pourrais encore en dessiner aujourd'hui le ruban exact qui passait derrière le troisième bouquet.

Les vieilles tapisseries ont, dans la mémoire d'enfance, une présence que peu d'objets atteignent. Étalées sur quatre murs, elles étaient regardées plus longtemps, plus distraitement, plus complètement qu'aucun tableau. Le malade y voyait défiler ses journées de fièvre ; l'enfant insomnié y traçait des chemins entre les feuilles.


Aujourd'hui, les murs sont peints. La tapisserie a perdu la bataille du goût. On la trouve désuète, encombrante, fatigante pour l'œil. Mais ce que la peinture unie n'aura jamais, c'est ce détail soutenu qui occupait l'esprit pendant des après-midi pluvieux où l'on n'avait rien d'autre à faire que regarder un mur.

Une fois, dans un hôtel de province, j'ai retrouvé une tapisserie qui ressemblait à celle de la chambre. Pas les mêmes fleurs, pas les mêmes couleurs, mais le même esprit — un fond clair, un motif répété, un ruban qui passait derrière. Je me suis surpris à la regarder un long moment, sans plus rien lire. J'avais six ans à nouveau, juste le temps de cinq minutes.