Sur la table dehors, près de la confiture, l'une d'elles tourne. C'est la première de l'été. Elle vibre à hauteur du pot, hésite, se pose sur le rebord, repart. Le couteau, posé près, garde une trace de prune qui l'intéresse plus encore. On fait le geste de chasser, sans y mettre de cœur.
L'arrivée des premières guêpes est l'un des marqueurs les plus exacts du milieu de l'été. Avant elles, on déjeunait sans surveillance. Après elles, chaque assiette devient une petite affaire à défendre. On ne s'en plaint pas vraiment — c'est aussi l'odeur même de la saison : fruit mûr, sucre, soleil qui chauffe le bois.
On apprend, avec les guêpes, une autre patience. Ne pas faire de gestes brusques. Ne pas chasser le verre de vin qu'elles convoitent — sortir un autre verre. Accepter de partager le repas, dans une certaine mesure. Elles ne piquent presque jamais quand on les laisse faire.
Le soir, elles disparaissent. La table reste, désertée d'elles. On remarque alors une grappe de raisin oubliée sur le bord, à peine entamée, et le couvert d'un convive qui n'est jamais venu. La saison, depuis ce midi, a basculé d'un cran.