Mardi matin, neuf heures. On est chez soi, en pyjama, devant un café. Rien à faire qu'on doive faire. La rue, dehors, va vers son bureau, son atelier, son école. On les regarde par la fenêtre, on les laisse passer. On a, ce jour-là, la rare position de l'observateur immobile.
Un jour de semaine sans travail n'a pas la même couleur qu'un dimanche. Le dimanche est partagé : la ville entière se repose, et l'on se repose avec elle. Le mardi, c'est l'inverse. On se repose alors que la ville travaille. La solitude y est plus pure, le silence plus précis.
On en profite pour les choses qui demandent qu'on soit seul. Aller à la bibliothèque municipale à dix heures du matin, où l'on est presque seul. Marcher dans un quartier qu'on ne traverse jamais. S'asseoir au café d'en face à onze heures et regarder par la vitre. Faire des courses sans queue. Toutes choses qui, le samedi, sont impossibles.
En fin d'après-midi, les écoles vident leurs élèves. La rue redevient familière. On retourne dans la circulation des autres comme on retournerait dans une eau qu'on aurait quittée le temps d'une heure. On y retrouve, à la sortie, le sentiment de n'avoir manqué à rien.