Colonne
XCIX.

Les petits bateaux côtiers

Mai 2028

Au bout du quai, une coque blanche à liseré bleu, dix mètres à peine, qui sent le gasoil et l'eau salée. Le patron, en ciré jaune, range les filets en sifflotant. Sur la passerelle, deux pêcheurs déchargent une caisse de poissons argentés. Les mouettes se sont déjà rassemblées sur le toit voisin : elles savent.

Les petits bateaux côtiers ne s'éloignent jamais beaucoup. Ils sortent à l'aube, font deux ou trois milles, posent les casiers, les relèvent, rentrent avant midi. La côte reste, tout le temps, visible derrière eux. C'est une navigation modeste qui appartient davantage au village qu'à la mer.


On les regarde, depuis la jetée, partir un par un. Chacun a sa silhouette reconnaissable, sa couleur, le bruit propre de son moteur. Les habitués savent, à l'oreille, lequel rentre. Le moteur de la coque jaune n'a pas le même grain que celui de la verte. Ces différences, infimes pour le passant, suffisent à composer toute une géographie sonore du port.

À midi, ils sont rentrés. Les bateaux sont amarrés flanc contre flanc, frottant doucement contre les pare-battages. Les patrons, à terre, prennent un verre au café d'en face. Le port, pour quelques heures, ronronne en sourdine, attendant la marée descendante de l'après-midi.