Colonne
LIV.

Les concierges

Juillet 2026

Derrière la vitre, une lampe basse, un transistor qu'elle écoute en sourdine, un cahier d'écolier ouvert sur la table. Madame B. lève les yeux quand on passe, salue d'un mouvement du menton, replonge dans son cahier. Elle note, semble-t-il, des dépenses, des numéros, des heures. Personne ne sait au juste.

Une concierge connaît un immeuble comme personne d'autre n'en connaîtra jamais aucun. Elle sait à quelle heure rentre le quatrième droite, qui reçoit le mardi soir, lequel des locataires laisse traîner ses poubelles, lequel se relève la nuit. Elle ne dit rien. Cette connaissance reste enfermée derrière sa vitre, traitée avec la discrétion d'un dossier.


Les immeubles sans concierge ont perdu quelque chose qu'il a fallu remplacer par des codes, des panneaux, des entreprises qui passent une fois la semaine. Le résultat n'est pas le même. Un immeuble sans concierge est un immeuble qui ne se souvient plus de lui-même ; les locataires y vivent côte à côte sans qu'aucun témoin les relie.

Quand on entre, en fin d'après-midi, on dit bonsoir vers la vitre. Madame B. répond sans presque lever la tête. Ce salut, qui dure une seconde, est l'un des ciments les plus secrets de l'immeuble. On monte l'escalier, on entend le craquement des marches ; en bas, la lampe reste allumée pour celui qui rentrera plus tard.