Colonne
CLXXXI.

Ce qu'on ne dit pas à ses parents

Décembre 2030

Au téléphone, on raconte ce qui va. On glisse, parfois, ce qui inquiète, mais à voix légère, en l'enrobant. La nouvelle vraiment difficile, on la garde pour soi. Pas pour les protéger : ils sont plus solides que cela. Pour ne pas leur infliger d'avoir à porter quelque chose qu'ils ne pourront plus régler à notre place.

Cette retenue est une politesse particulière, qui s'inverse avec l'âge. Enfant, on dit tout — on tend la blessure, on attend qu'elle soit pansée. Adulte, on apprend que les parents, eux aussi, ont vieilli, et qu'à un certain moment c'est à nous de leur épargner les nouvelles qu'ils ne peuvent plus, pratiquement, traiter.


Ils s'en doutent peut-être. Les parents, vieillis, ne sont pas dupes : ils savent que l'enfant adulte, au téléphone, choisit ses sujets. Ils ne pressent pas : ils acceptent ce qu'on leur donne. La conversation, en surface, est légère. Sous la surface, deux silences se rencontrent, qui n'ont pas besoin de se reconnaître pour fonctionner.

Quand on raccroche, on reste une minute le téléphone à la main. On se demande si l'on a bien fait. Sans doute. Peut-être pas tout à fait. La prochaine fois, on essaiera de dire un peu plus. On ne le fera pas. C'est ainsi que les conversations avec les parents, à un certain âge, prennent leur forme définitive.