Sur la chaise du fond, un garçon de huit ans, jambes pendantes. Il tient sur les genoux un cartable qu'il n'a pas voulu poser. Sa mère est entrée dans le cabinet voisin il y a une demi-heure. Il regarde la porte sans la fixer, par à-coups, à intervalles de plus en plus rapprochés.
Il a déjà épuisé les magazines de la table basse. Il s'est levé deux fois pour regarder l'aquarium qui n'a pas de poissons. Il s'est rassis. À présent, il compte les carreaux du sol : quarante-six dans la largeur, il le sait, c'est la troisième fois qu'il vérifie.
Personne ne lui parle. Les autres adultes, plongés dans leurs propres attentes, le voient sans le voir. Lui ne demande rien. Il a, dans la patience, une discipline qui surpasse celle de tout le reste de la salle. C'est sans doute la première leçon qu'on apprend dans une famille où l'on attend souvent quelqu'un.
La porte s'ouvre enfin. Il se lève d'un coup, le cartable un peu trop lourd sur l'épaule. Sa mère lui sourit, lui passe la main dans les cheveux. Ils sortent ensemble. La chaise du fond, encore tiède, reste à attendre le prochain.