On lève les yeux vers le fil électrique au-dessus de la cour. Elles y sont, alignées par cinq ou six, parlant entre elles avec ce petit bruit aigu qu'elles font dans les jours qui précèdent. Demain, peut-être, elles seront parties. La semaine prochaine, à coup sûr.
On n'a pas vu, cet été, le moment où elles sont arrivées. On voit, en revanche, celui où elles s'en vont. Le départ se prépare deux ou trois jours à l'avance par ces réunions sur les fils, par ces vols plus courts, plus rasants, par cette agitation qu'elles n'avaient pas en juillet. C'est un conseil, dirait-on, qu'elles tiennent.
Le matin du départ, la cour est silencieuse. Le fil, vide. On lève la tête sans y croire : il n'y a plus personne. La fenêtre du grenier, sous le toit, restera désertée jusqu'en avril. Les nids, accrochés à la poutre, garderont seuls la mémoire de l'été.
Quelque part, à des milliers de kilomètres, elles arriveront dans deux semaines. On ne les verra pas arriver, on ne saura jamais le détail du voyage. Cette part muette de leur vie, qui leur appartient en propre, est ce qu'elles emportent avec elles en partant — et c'est, peut-être, ce qu'on aime le plus en elles.