Colonne
CXIV.

Les maisons vides

Septembre 2028

Au bout du village, une maison aux volets fermés depuis deux ans. Le jardin a pris. Le portail, mal tenu sur ses gonds, est resté entrouvert. On voit, par la grille, une chaise oubliée sur la terrasse, retournée par un coup de vent. Personne ne l'a redressée.

Une maison vide ne se laisse pas confondre avec une maison fermée pour l'hiver. Elles partagent l'aspect — volets clos, boîte aux lettres pleine, jardin gagné par les herbes — mais elles n'ont pas la même densité. La maison vide a renoncé à attendre quelqu'un. Cela se voit à un détail qu'on ne saurait nommer, et qui pourtant ne trompe jamais.


On s'arrête, devant ces maisons. On essaie d'imaginer la cuisine derrière le mur, le couloir qui devait monter à l'étage, la chambre à l'angle où dormaient sans doute des enfants. Cette imagination est sans tristesse : la maison a fait son temps, elle se repose. Elle n'attend personne en particulier — peut-être tout le monde.

On reprend sa marche. À cinq mètres, on se retourne. La maison n'a pas bougé. Elle ne bougera pas avant longtemps. Un jour, elle s'effondrera lentement, à la manière de ces maisons qui s'effondrent toujours d'abord du toit, comme par modestie ; les murs, eux, tiennent encore, longtemps après.