Colonne
LIX.

Les voix derrière les cloisons

Septembre 2026

De l'autre côté du mur, une conversation. On ne comprend pas les mots. On entend, pourtant, la mélodie d'une phrase, la cadence d'une question, le rire bref qui clôt une réplique. C'est une langue ramenée à sa musique pure, débarrassée du sens, et l'on peut, sans culpabilité, l'écouter sans la suivre.

Ces voix-là sont précieuses précisément parce qu'on n'a pas le droit d'y entrer. Elles dessinent, au-delà de la cloison, une intimité qui ne nous regarde pas et que l'on devine par-dessus le mur, comme on devinerait un jardin par-dessus une palissade. On y entend la dispute qui s'apaise, le mot tendre qui passe, le silence brusque suivi d'un rire.


Les cloisons des chambres d'hôtel laissent passer ces voix avec une facilité presque indécente. On entend, à dix heures du soir, un couple discuter d'un itinéraire pour le lendemain. Une question, une réponse, un froissement de carte. À minuit, ils dorment : on les entend respirer, et l'on s'endort à son tour bercé par cette respiration qui n'est pas la nôtre.

Au matin, on croise dans le couloir des inconnus qu'on a, sans le savoir, accompagnés une nuit entière. On échange un bonjour neutre. Ils ne se doutent de rien. C'est, peut-être, l'une des seules formes innocentes d'intimité que les villes contemporaines aient laissées subsister.