On marchait depuis vingt minutes dans une ville qu'on connaît mal, en suivant une indication entendue à moitié. À un certain croisement, on hésite. On reconnaît, à droite, un détail qu'on jurerait avoir déjà vu cinq minutes plus tôt. Le sentiment monte, encore vague : on n'est plus du tout sûr d'aller où l'on croyait aller.
Le moment où ce soupçon devient certitude est un seuil intérieur très net. Pendant les cinq minutes précédentes, on s'est rassuré dix fois. Puis l'évidence s'impose, qu'aucune rationalisation ne contient. On est perdu. La rue ne va pas où l'on espérait. Il faut faire demi-tour, ou demander, ou attendre.
Ce qui est étrange, c'est que l'instant n'est pas désagréable. La résistance s'arrête. On est, ouvertement, dans une ville inconnue. Les rues, à présent, retrouvent leur opacité — elles ne mentent plus, parce qu'on ne leur demande plus rien.
On finit par s'orienter, ou par demander, ou par retrouver son chemin par hasard. L'erreur aura ajouté vingt minutes au trajet. Ces vingt minutes-là sont, dans la mémoire, plus présentes que les autres ; elles auront, à l'insu de leur projet, été le vrai contenu de la promenade.