Ni pluie franche, ni soleil : une lumière égale et sans ombre, qui semble venir de partout à la fois. Le jardin, vu de la cuisine, perd ses contrastes. Le rouge de la tuile pâlit, le vert de la haie s'éteint d'un cran. Tout devient un peu plus pareil à tout.
On a, sur ces matins-là, des opinions injustes. On les croit fades, sans caractère, indignes d'être remarqués. C'est tout l'inverse : ils sont les seuls où l'on voie vraiment la couleur intrinsèque des choses, sans le maquillage du soleil. Une façade y montre son crépi tel quel, sans flatterie ; un visage croisé dans la rue garde ses traits sans la complaisance dorée des matins clairs.
Il y a, dans cette lumière retenue, une invitation au travail. On s'y installe à sa table sans regret : on ne rate aucune fête dehors. Les phrases qu'on écrit ces matins-là sont plus posées, plus exactes. On corrige davantage. On y voit plus juste.
Vers dix heures, parfois, une lueur traverse soudain le ciel et fait briller un instant la fenêtre du voisin. On s'arrête, surpris. Puis le gris reprend, doucement, son droit. On retourne à la page, plus reconnaissant qu'on ne l'aurait cru à ce gris très ordinaire qui nous laisse en paix.