Colonne
LXV.

Les voyageurs qui dorment

Décembre 2026

La femme en imperméable beige a posé sa tête contre la vitre, à la hauteur du chiffre de la place. Sa bouche s'est légèrement ouverte. Le journal qu'elle tenait s'est replié de lui-même sur ses genoux. Le contrôleur passe, vérifie sans réveiller, continue.

L'homme à deux rangées de là dort assis très droit, les bras croisés, comme s'il refusait, même endormi, de céder à la posture du sommeil. Sa tête s'incline parfois en avant, se redresse brusquement, retombe. Il rêve : les sourcils, par moments, se contractent.


Un enfant, sur les genoux de sa mère, a glissé jusqu'au creux de son cou. La mère ne bouge plus depuis vingt minutes pour ne pas le déranger. Elle a l'air, à présent, de moins se reposer qu'à toute autre heure de la journée.

Le train traverse une ville endormie. Le wagon, à demi assoupi, ressemble à un dortoir improvisé qu'un mauvais éclairage et un sifflement régulier ont fini par installer. Demain, aucun de ces voyageurs ne se souviendra du voisin dont il a partagé la nuit. C'est l'une des dernières formes d'intimité que les villes consentent encore aux étrangers.