Colonne
CIV.

Le premier jour vraiment chaud

Juin 2028

Au matin, déjà, on s'aperçoit que la fenêtre laisse entrer un air différent. Plus dense, plus tiède, qui colle légèrement à la peau. À dix heures, on a roulé les manches. À midi, on cherche l'ombre. C'est le premier jour, cette année, où la chaleur prend vraiment.

Ce passage se fait sans qu'on ait été prévenu. Les jours précédents annonçaient mal : tièdes, indécis, avec un fond d'air encore frais. Celui-ci, lui, ne ment pas. On range, mentalement, le manteau pour quatre mois. On commence à parler à voix plus basse, comme on parle pendant les chaleurs.


Les gestes de l'été reviennent un à un, sans qu'on ait à les rappeler. Mettre une carafe d'eau au frais. Fermer les volets dès qu'on quitte une pièce. Manger dehors le soir. Le corps se souvient mieux que la tête de ce que demande la chaleur.

La nuit, on dort la fenêtre ouverte sur la rue qui sent l'asphalte chauffé. Une voiture passe au loin, une autre. Un chien aboie deux fois. La nuit, étrange, ne descend pas vraiment : elle reste, comme la journée, à mi-chemin. Il faudra, désormais, vivre quatre mois durant à cette autre cadence.