Colonne
XLVI.

L'attente, sans objet

Mai 2026

Cinq heures de l'après-midi, assis à la fenêtre. On n'attend personne. On n'a rien commandé qui doive arriver. On ne guette ni le facteur, ni un coup de fil, ni une nouvelle. Et pourtant, dans la manière dont on est assis, dans la tension légère de l'épaule, dans le regard qui revient sans cesse vers la rue, il y a quelque chose qui ressemble à une attente.

L'attente sans objet est l'une des activités les plus secrètes de la vie. Elle ne sait pas elle-même qu'elle attend. Si on lui demandait quoi, elle répondrait : rien. Ce serait inexact. Elle attend, sans le savoir, qu'une porte s'ouvre, qu'un visage paraisse, qu'une voix dise un nom qu'elle ne saurait pas prononcer.


Ces attentes-là, on les vit le plus souvent à des heures précises : la fin d'après-midi, le moment qui précède le repas, la dernière demi-heure avant de se coucher. Ce sont des heures de seuil, où le jour bascule sans qu'aucun événement ne le marque. L'attente, n'ayant pas d'objet, prend toute la place et finit par n'être qu'une qualité du silence.

On finit par se lever. On range deux objets sur la table, on rajuste un coussin. L'attente s'évanouit comme un souvenir de rêve : on ne sait plus très bien ce qu'on attendait, ni même qu'on attendait. Elle aura été là, à sa manière patiente, et elle reviendra demain à la même heure.