Colonne
CXIII.

Les orages d'été

Septembre 2028

Le ciel, à cinq heures, s'est éteint d'un coup. Une lumière jaune, presque verte, monte de l'ouest. Le vent tourne. On entend, très loin, un premier roulement sourd. Sur la table dehors, le napperon se soulève. Les chats rentrent en courant.

L'orage d'été ne tombe pas sans s'annoncer. Pendant une demi-heure, il avance comme une procession lente. Le ciel devient noir au nord, le tonnerre se rapproche par paliers, l'air se charge d'une électricité qu'on sent dans les bras. On ferme les volets, on rentre le linge, on remplit un verre d'eau qu'on n'aura pas le temps de boire.


Quand il éclate enfin, c'est avec un soulagement presque physique. La pluie tombe drue, en barres obliques. Les gouttières débordent. Le thermomètre, en cinq minutes, perd dix degrés. La maison, jusque-là étouffante, se met à respirer.

L'orage dure une demi-heure. Puis le tonnerre recule, s'éloigne vers l'est. Une lumière neuve revient par les fenêtres. Sur la terrasse mouillée, les feuilles arrachées tapissent les dalles. L'air, à présent, sent la pierre qui refroidit et la terre qui se rouvre ; on sort, pieds nus, vérifier le jardin.