Colonne
CXCVIII.

Compter ce qui reste

Juillet 2031

Dans le placard à provisions, ce matin, je vérifie. Un sac de riz à demi entamé. Deux paquets de lentilles. Une boîte de sardines. Trois tablettes de chocolat noir. Du sel, du poivre, du sucre. De quoi tenir, sans courses, peut-être dix jours.

L'exercice n'a aucune utilité pratique — je vais aller faire les courses tout à l'heure. Mais il a, à le faire, une certaine saveur. On vérifie ce qu'on possède ; on en prend, brièvement, la mesure ; on se rassure sans avoir su qu'on avait besoin d'être rassuré.


Compter ce qui reste se pratique aussi pour d'autres choses que les provisions. Les soirs où l'on va se coucher tôt, on fait, sans le savoir, le compte de la journée : ce qui a été fait, ce qui a été remis. Le compte est rarement glorieux et rarement catastrophique. La plupart des journées, en bout de course, livrent à peu près ce qu'elles avaient promis.

On referme la porte du placard. Le riz, les lentilles, les sardines, le chocolat continuent à dormir derrière le bois. Ils sont là. Je sais qu'ils sont là. Tout à l'heure, je ferai les courses pour autre chose. Le compte, à présent, peut attendre.