On entre dans la cuisine d'un ami pour aider à porter les plats. Elle ne ressemble pas à la nôtre. Le sel est dans un pot bleu plutôt qu'une boîte. Le moulin à poivre est manuel, vissé à un meuble. Les casseroles pendent à un crochet au-dessus du four. Tout est différent, et tout fonctionne.
Les cuisines des autres déstabilisent. On y cherche un verre, on ouvre trois placards sans le trouver. On demande où est le tire-bouchon. On se déplace avec un peu de gêne, comme si l'on se trompait, par sa seule présence, dans un système qu'on n'a pas appris.
Et pourtant, on y apprend toujours quelque chose. Une manière de ranger les épices ; une planche à découper d'un bois inconnu ; un tablier accroché à un endroit où l'on n'aurait pas pensé. On rentre chez soi, le lendemain, avec une demi-douzaine de petites idées qu'on s'autorise à voler.
Les cuisines disent les habitants plus précisément que les salons. Le salon se met en scène. La cuisine, elle, est l'envers du décor — c'est là, dans le choix du couteau qu'on aime, dans la place où l'on a posé le sel, dans la chaise qui sert à monter, qu'on lit le mieux la vie quotidienne de ceux qui habitent là.