Colonne
CLXX.

Les sonneries d'autrefois

Septembre 2030

La sonnette de la maison de mes grands-parents avait deux notes — un ding-dong franc, métallique, qui résonnait dans tout le couloir. On l'entendait depuis le grenier. Quand on tirait sur la poignée de la porte d'entrée, un timbre mécanique frappait un timbre fixe, deux fois : à l'arrivée, au retour.

Les sonneries d'autrefois étaient toutes mécaniques. Les écoles avaient leurs cloches ; les boutiques, leurs carillons à ressort qu'un coup de porte lançait ; les maisons, leurs timbres à tirette ou leurs sonnettes électriques rondes au bouton noir. Chacune avait son timbre, son grain, sa hauteur. On reconnaissait, en passant dans une rue, telle ou telle maison à sa sonnette.


Aujourd'hui, presque toutes ces sonneries ont été remplacées par des modèles électroniques qui font, partout, le même bruit feutré. On ne reconnaît plus une porte à son carillon. On entre dans un magasin sans entendre le ding qui annonçait, autrefois, qu'on franchissait le seuil.

Le carillon à deux notes de mes grands-parents existe peut-être encore, dans une brocante ou dans un grenier. Personne ne le reconnaîtra. Mais si quelqu'un, par hasard, le faisait sonner, je le reconnaîtrais à la troisième vibration. Le ding-dong reviendrait, exactement, et la maison entière reviendrait avec lui.