Un courant traverse la pièce, d'une fenêtre à l'autre. Les rideaux gonflent, retombent, gonflent à nouveau. Une page du carnet, posé sur la table, se retourne toute seule. Le bocal d'olives, sur la cuisine, fait un léger bruit de verre contre la planche. La maison respire.
Les jours de vent, les maisons changent. Elles cessent d'être des boîtes silencieuses pour devenir des instruments. Chaque porte mal calée claque doucement, chaque rideau participe à son rythme, chaque tableau accroché se met de travers d'un millimètre. On va, on referme, on ouvre ailleurs.
Le vent par les fenêtres ouvertes est aussi un transporteur. Il apporte, dans la pièce, l'odeur d'un tilleul en fleurs trois rues plus loin, le bruit d'un enfant qui rit dans la cour, la fumée d'une cuisine voisine. Tout cela entre par la fenêtre du salon sans qu'aucun mur ne s'y oppose. La ville, soudain, est dedans.
Le soir, quand le vent tombe, la maison se rassied. Les rideaux pendent à nouveau droit. Le carnet, sur la table, est resté ouvert à une page qu'on n'avait pas choisie. On la lit. On y trouve, par hasard, une phrase qui convient — le vent, peut-être, savait.