Trois heures du matin, le radiateur cliquette, on entend le frigo qui ronronne au loin : ce sont les bruits que la maison fait quand personne ne l'écoute. On s'est levé pour boire, on s'est assis dans la cuisine, on n'a pas rallumé la grande lumière. Le verre d'eau a un goût d'eau différent à cette heure-là.
Les nuits sans sommeil ne sont pas seulement un manque. Elles offrent une autre version du temps, plus poreuse, où les pensées passent plus lentement et plus nettement qu'en plein jour. On revoit une scène vieille de dix ans, on s'inquiète pour rien, on se rassure, on s'inquiète à nouveau. La pensée tourne comme une mécanique qu'on n'arrive pas à arrêter.
On finit par renoncer. On allume la petite lampe, on ouvre un livre. La page, à cette heure-là, prend une netteté singulière : chaque mot pèse, chaque phrase semble écrite pour soi seul. On lit moins vite, mais on retient plus. C'est, à l'insomnie, son seul cadeau — il est immense.
À cinq heures, le ciel commence à pâlir. Un oiseau, le premier, chante quelque part. On referme le livre, on retourne au lit. Cette fois, le sommeil vient, à la manière d'une grâce qu'on n'attendait plus. Quelques heures plus tard, on se réveille en se souvenant, vaguement, qu'on a passé une nuit à veiller ; mais déjà, le jour a tout repris.