Le drap sort de la machine, encore tiède, déjà presque sec. On le secoue d'un grand mouvement pour défroisser. On le tend à deux mains, on s'avance vers quelqu'un qui le prend par l'autre bout. À deux, c'est une affaire de quatre plis. Seul, c'est un combat un peu plus long contre la longueur du tissu.
Plier un drap demande, en réalité, une certaine expertise. Le drap-housse, surtout, qui a des coins élastiqués, exige une technique précise — sinon, il reste, à la fin, un objet biscornu qu'on rangera dans l'armoire en espérant que personne ne le rouvrira. Ceux qui savent vraiment plier un drap-housse appartiennent à une petite confrérie discrète.
Ce qu'on aime, dans ce geste, c'est la collaboration silencieuse qu'il exige. On s'approche, on s'éloigne ; on ajuste sans parler. Au bon moment, on rabat. C'est l'un des rares travaux domestiques qui se fasse mieux à deux qu'à un — et qui dispense, du coup, de toute autre forme de communication pendant qu'il dure.
Le drap plié rejoint la pile dans l'armoire à linge. Cette pile, soigneusement rangée par taille, par couleur, par usage, est l'un des petits trésors discrets d'une maison. On l'ouvre rarement ; on sait qu'elle existe ; cela suffit.