Un événement précis — un dîner, un voyage, un changement de travail. Je le situe quelque part entre 2011 et 2014. Je n'arrive pas à mieux. Trois ans, dans la mémoire, se sont superposés en une seule pâte indifférenciée. Pourtant, jour pour jour, j'aurais cru pouvoir y répondre.
Il y a, dans toute vie, des années qui se distinguent et d'autres qui ne se distinguent pas. Les premières gardent une coloration unique : je sais, sans hésiter, que tel souvenir appartient à 2009 — parce qu'il y avait, à cette époque, l'appartement de la rue X, le travail à Y, le hiver pluvieux. Les autres, comme 2012 ou 2013, se mêlent. Elles n'avaient pas de marqueur fort. Elles ont ressemblé l'une à l'autre.
Ces années indistinctes ne sont pas pour autant vides. Au contraire : elles ont, le plus souvent, été stables, douces, sans drame. C'est leur banalité même qui les rend impossibles à dater. Une année difficile s'inscrit dans la mémoire d'un trait. Une année tranquille se mêle aux autres tranquilles.
Mieux vaut, finalement, ne pas trop se forcer à les distinguer. Elles ont leur propre fonction dans une vie. Elles servent de fond. C'est, sur ce fond, que se détachent les années plus tranchées, dont on se rappelle exactement la météo et les rues. Sans le fond, le détachement serait moins clair.