On ouvre l'armoire, on glisse la main au fond du rayon, on en sort le manteau de laine qui n'avait pas servi depuis avril. Il sent un peu le cèdre. Le col est froissé d'avoir été plié. On le passe sur les épaules. Le poids, soudain, est familier.
Ce poids, qu'on n'avait pas senti depuis six mois, ramène avec lui toute une saison qu'on croyait oubliée. La main retrouve, dans la poche, le ticket d'un cinéma d'avril, un bouton détaché qu'on n'a jamais recousu, un mouchoir froissé. On vide les poches sur la commode. On ne jette rien, on regarde.
Sortir le manteau d'hiver est l'un des seuils sérieux de l'année. Il ne se franchit pas sur un coup de tête : il faut le froid, le vrai. Tant que l'on hésite, on ne le sort pas. Le matin où l'on tend la main vers lui sans réfléchir, on sait que la saison a changé.
Dans la rue, le manteau retombe sur les jambes avec son drapé d'autrefois. On rajuste l'écharpe. On marche un peu plus droit qu'hier — c'est le manteau qui le veut. On le saluera ainsi, en l'enfilant ou en le retirant, pendant toute la durée du froid : c'est, pour quatre ou cinq mois, le plus présent des compagnons.