La valise est ouverte sur le lit défait. On y dépose, un par un, les vêtements pliés : deux chemises, un pull, des chaussettes, le pantalon de rechange. À côté, sur la table de nuit, on rassemble la trousse de toilette, le livre, les papiers. Tout est prêt, et l'on n'est pas encore parti. C'est, ce soir, le plus important.
Faire ses bagages la veille, c'est s'offrir une journée d'avance sur soi-même. On part déjà, sans avoir bougé. La maison continue de fonctionner : on dîne dans la cuisine, on lit dans le fauteuil, on se brosse les dents. Mais quelque chose, dans un coin de la chambre, est déjà ailleurs.
Cette préparation tranquille rend tout le voyage plus juste. Le matin, on n'a rien à courir. Pas de tiroir qu'on rouvre, pas d'objet qu'on cherche, pas de panique avant la porte. On prend la poignée, on tire : le sac suit. On peut presque sortir sans réveiller la maison.
L'autre méthode — fourrer les affaires en cinq minutes au dernier moment — a ses partisans. Elle suppose qu'on aime arriver hors d'haleine. Pour qui préfère arriver présent, la valise faite la veille est, à elle seule, la moitié du voyage.