Au fond d'un classeur dorment quelques enveloppes ouvertes dont on a retiré la lettre depuis longtemps. L'adresse, manuscrite, court encore sur le papier : une écriture penchée, un timbre oblitéré, le cachet d'une ville. On ne sait plus ce que la lettre disait. On garde l'enveloppe.
C'est étrange, cette préférence pour le contenant sur le contenu. On a oublié la nouvelle, la confidence, l'invitation ; on a conservé l'enveloppe parce que l'écriture y vivait, parce qu'elle portait, intactes, deux secondes de la main qui l'avait tracée. Une lettre est un message ; une enveloppe est une présence.
On regarde l'adresse. On reconnaît la pente d'une lettre, la manière de fermer une boucle, le tracé un peu hésitant du nom de la rue. C'est presque davantage que de revoir la personne : c'est la voir au moment précis où elle se concentrait pour écrire, posée à sa table, l'enveloppe à plat.
Les enveloppes vides s'accumulent sans bruit. Elles ne demandent rien ; on les retrouve par hasard, en cherchant autre chose. À chaque fois, on s'arrête un instant. Puis on range le classeur, et l'on referme. Elles attendront la prochaine fois.