Colonne
CXLVII.

Allumer une bougie

Novembre 2029

On craque une allumette. On approche la flamme de la mèche, on attend une seconde qu'elle prenne. La cire, sous l'éclat, devient d'un blanc translucide. On souffle l'allumette, on la pose dans une petite coupelle.

Allumer une bougie, en plein éclairage électrique, est un geste qui n'a aucune justification pratique. La lumière n'en a pas besoin ; la chaleur encore moins. C'est, précisément, ce qui en fait le prix. On allume une bougie pour rien d'autre que pour le fait d'allumer une bougie, et la pièce y gagne quelque chose qu'aucune ampoule ne sait produire.


La flamme, à hauteur du visage, dessine sur les murs des ombres mobiles. Elle tremble à chaque mouvement d'air. Elle laisse échapper, parfois, un petit grésillement quand un poil de mèche cède. La pièce, autour, prend une intimité qu'elle n'avait pas une minute avant.

On dîne, on lit, on parle. La bougie continue, en sourdine. À la fin de la soirée, on l'éteint d'un souffle. Un mince filet blanc monte de la mèche, persiste deux secondes, disparaît. La cire chaude se fige en une seconde, et la bougie, fidèle, attendra qu'on l'allume à nouveau demain.