Colonne
XXV.

Les dimanches après quatre heures

Octobre 2025

Quatre heures sonnent au clocher voisin. Le café qu'on a fini de boire refroidit dans la tasse. Le journal, qu'on a parcouru deux fois, gît plié sur l'accoudoir. Dehors, la lumière incline déjà. Il y a là, dans cette heure, quelque chose qui ne ressemble à aucune autre heure de la semaine.

Les dimanches, jusqu'à quatre heures, gardent encore la légèreté du repos. On flâne, on cuisine longuement, on lit sans se presser. Après quatre heures, un autre mouvement commence : la pensée glisse, doucement, vers le lundi qui se prépare. Aucun signe extérieur ne change ; et pourtant tout change.


C'est une heure connue depuis l'enfance, retrouvée intacte. On y entendait, autrefois, la fin du film à la télévision, et l'on savait qu'il faudrait bientôt préparer le cartable. On y entend aujourd'hui d'autres choses — un volet qu'on referme, une voiture qui rentre, le pas d'un voisin dans l'escalier — mais le sentiment, lui, n'a pas changé.

Il ne faut pas chercher à la fuir, cette heure. Elle a ses pouvoirs. C'est dans son creux, parfois, qu'on prend les décisions les plus simples — appeler quelqu'un, déplacer une plante, ranger un tiroir. Le dimanche d'après quatre heures rend, à sa manière obscure, plus juste qu'à midi.