Colonne
CXLVIII.

Les cartes postales reçues

Novembre 2029

Sur la table de l'entrée, glissée entre une enveloppe administrative et un prospectus, une carte postale. Une plage qu'on ne connaît pas, un ciel un peu trop bleu, une rangée de palmiers. On la retourne. Quatre lignes d'une écriture qu'on reconnaît avant le nom. Une bise, un mot affectueux, un détail amusant.

La carte postale reçue est l'un des courriers les plus modestes qui soient. Elle ne dit, en général, presque rien. Le message tient en trois phrases que l'expéditeur a écrites au bord d'une terrasse, au stylo bille, en équilibre sur le genou. Et pourtant, dans la boîte aux lettres, elle a un poids qu'aucune lettre administrative ne saurait avoir.


On l'aime parce qu'elle dit, sans le dire : j'ai pensé à toi, en marchant dans cette ville, en buvant un café à cette terrasse, en achetant cette carte au tabac d'en face. Pour quelques minutes, à mille kilomètres, quelqu'un a fait le détour mental jusqu'à nous. La carte n'est que la trace matérielle de ce détour.

On la pose, debout, contre la lampe du salon. Pendant deux ou trois semaines, elle restera là, et chaque fois qu'on passera devant, on la regardera distraitement. Puis on la rangera dans la boîte des cartes ; et quinze ans plus tard, on retombera dessus, et la plage trop bleue, l'écriture penchée, la pensée d'un instant — tout reviendra ensemble, intact.