Colonne
CXIX.

Les cabanons de jardin

Novembre 2028

Au fond du jardin, contre la haie, une petite construction de bois peinte d'un vert qui passe. Le toit est en tôle ondulée. La porte ferme mal, retenue par une chaînette. À l'intérieur, deux râteaux, une pelle, un seau, un arrosoir en zinc, une vieille brouette dont le pneu est crevé depuis trois ans.

Le cabanon de jardin n'a pas l'importance d'une dépendance. Il n'est pas chauffé, pas éclairé, pas isolé. Il pourrait tomber demain, on retrouverait facilement les outils. Et pourtant, sans lui, le jardin n'aurait plus tout à fait sa physionomie. Il manquerait quelque chose au fond de la vue : une présence basse, un petit royaume à part.


Le jardinier, quand il travaille au jardin, s'y replie souvent. Il y va chercher un outil ; il s'y assied une minute, sur le seau retourné, pour souffler ; il y vérifie le compte des graines dans une boîte en fer. Le cabanon est, dans le jardin, la cabine d'aiguillage : tout en repart, tout y revient.

En hiver, on n'y entre presque pas. La porte gonfle, la chaînette est rouillée. Au printemps, on rouvre. Les outils sont à leur place, gardés par l'odeur du bois et de la terre sèche. La saison peut commencer : tout est resté prêt, dans cette petite réserve oubliée tout l'hiver.