Colonne
XXI.

Les chambres d'hôtel modestes

Août 2025

Un lit étroit, un édredon trop épais, une lampe de chevet dont l'ampoule clignote au début. Sur le mur, une gravure encadrée que personne n'a jamais regardée. Près de la fenêtre, une chaise et un guéridon. Les rideaux ne se ferment pas tout à fait. C'est ici qu'on dort, ce soir, dans une ville qu'on traverse.

Ces chambres-là ne cherchent pas à plaire. Elles offrent l'essentiel — un sommier, un lavabo, un verre retourné posé sur un napperon — et tout le reste, elles le laissent à votre charge. On y est seul d'une manière qu'on n'est nulle part ailleurs : pas chez soi, mais pas non plus en visite. On est, simplement, de passage, et la chambre l'a compris avant nous.


Le matin, on entend la patronne en bas qui prépare le café. Le parquet du couloir craque sous les pas d'un autre client. La fenêtre donne sur une rue étroite que le soleil n'atteint pas avant onze heures. On se rase devant un miroir piqué, on s'habille en regardant ailleurs, on descend.

On part en laissant la clé sur la table de chevet. La chambre, dans la matinée, sera refaite à l'identique pour quelqu'un d'autre. Mais elle aura gardé, dans le creux de l'oreiller, la trace exacte de la nuit qu'on a passée là — et cette trace, personne d'autre que nous ne saura la reconnaître.