Un petit bâtiment à un étage, au crépi jauni, dont les volets de bois clos donnent à penser que personne, en réalité, n'y habite plus. Sur le pignon, un nom de village en lettres capitales un peu fatiguées. Deux quais, une marquise étroite, un banc de fer dont la peinture s'écaille. Le train s'arrête une minute, repart, et le silence revient.
On descend, parfois, dans une telle gare sans très bien savoir pourquoi. Il n'y a personne pour vérifier le billet. Le distributeur de boissons ne fonctionne plus. Une affiche déchirée annonce encore les horaires d'un été passé. On marche jusqu'à la sortie, on pousse la grille, on se retrouve sur la place du village comme si l'on venait d'arriver chez soi.
Ces gares ne servent plus qu'à ralentir le pays. Elles obligent les trains à freiner, à s'arrêter brièvement, à reprendre. Sans elles, le train n'aurait plus que des extrémités : ces gares lui font un milieu. Elles tiennent ouverte la possibilité qu'on descende ici plutôt qu'ailleurs, dans un lieu qui n'attend rien de nous.
On les voit défiler, le plus souvent, depuis la fenêtre : un nom, deux secondes, déjà loin. On se promet, vaguement, d'y descendre un jour. On ne le fait presque jamais. Et l'on sait, en même temps, que ces gares ne sont peut-être faites que pour cette promesse-là.