Colonne
XIX.

Les vestibules

Juin 2025

Une banquette étroite, un porte-parapluie en cuivre, une console au-dessus de laquelle pend un miroir. À gauche, un portemanteau ; à droite, une porte fermée. Les vestibules ne servent à rien d'autre qu'à passer : on y entre, on s'y arrête trois secondes, on en sort.

C'est pourtant la pièce qui dit le plus vite à quelle sorte de maison l'on arrive. Tout y est concentré : l'odeur, la lumière, l'ordre ou son contraire, la manière dont les manteaux sont accrochés, le type de chaussures alignées au sol. On comprend, avant même qu'on nous accueille, comment l'on va y être reçu.


Dans les maisons un peu anciennes, le vestibule prend volontiers l'allure d'un sas. On y dépose le pardessus, le sac, parfois l'humeur qu'on portait dans la rue. La porte du salon, lorsqu'elle s'ouvre, donne sur un autre territoire — plus chaud, plus éclairé, plus parlant. Le vestibule a fait son office : il a permis le passage d'un monde à l'autre sans qu'on remarque la couture.

Quand on s'en va, c'est le contraire. On remet le manteau, on cherche la clé, on dit deux phrases qu'on n'a pas pu dire au salon. Le vestibule absorbe ces dernières paroles. Il les garde, sans rien en faire, jusqu'à la prochaine visite.